Croquez la pomme
Dans la traversée fulgurante entre l'étincelle (le « j'ai une idée ») et le début de sa recherche formelle : - l'œuvre à venir sera-t-elle, entre autres, peinture, sculpture, objet, illustration, architecture, une étape dans un projet plus vaste? - Entre cette réalisation et la recherche de la maîtrise, vient le croquis.
Fait rapidement, à main levée, sans recherche de détails et d'après nature, il est initialement un exercice permettant à l'artiste d'affiner et d'entretenir le rapport entre sa perception visuelle, son esprit de synthèse et sa motricité manuelle. Mais le croquis reste une prémisse à Autre chose, il est à la base préparatoire et fonctionnelle dans le domaine de l'art.
Ce que propose le Skizzen Festival est donc tout à fait surprenant : revisiter la pratique du croquis, l'exacerber afin de lui accorder une autonomie par rapport à l'œuvre qui est sensée lui succéder : le crobard devient l'œuvre d'art.
Festival vif et enjoué, il vit à travers la capture de l'ensemble d'une ville part coups d'œil et clins de crayons, malicieux et subtils. On ne sait plus d'où jaillit l'idée : de la sensation ou de l'esprit. Le regardeur, pris dans une frénésie, fait corps avec l'environnement.
Et quand la pointe d'imagination inhérente à chacun vient s'en mêler, ce sont les distances qui se réduisent, entre l'objet vu et celui que l'on s'apprête à croquer. Est-ce bien le même?
L'espace public devient poétique, à force de regards créateurs, qui virent à la traque de l'élément, du point de vue - une rue, un toit, une gouttière, un arbre...- afin de se l'approprier, et alors de le transformer, à force de répétitions.
Quelque chose d'obsessionnel habite le croqueur. Poussé à une réactivité sensible extrême, sa réalisation devient nourricière.
Il ne caresse pas il mord, un peu comme si vous trouviez une couleur tellement belle que vous ne pourriez rien faire d'autre que la manger...
Caroline Boudehen