2008 – 2011 : A Dasein Odessey
Trois années d’échanges avec les artistes exprimées pendant la durée d’une interview
Par Estelle Beauvais
« Mon idée première pour A Dasein Odessey fut de donner à entendre des samples d’interviews - en français et en allemand – tirés de différents extraits des films de Dasein Projekt.
Il s’agit de réunir toutes ces voix et de montrer, en les rassemblant, la façon dont - et au sein du projet et via des démarches d’existence similaires - elles sont malgré elles unies.
Cette pièce dure le temps d’une interview (15 à 20 minutes). Mettant en relief des moments vécus, elle retrace les différentes intentions que je peux avoir quand j’interroge les artistes.
1/ Il y a tout d’abord la première prises de contact entre l’artiste, la caméra et moi (appréhensions, gène, curiosité, sourires, jeux de regards…), tous ces micro-comportements se manifestant par des bruits, des interrogations, une palette de rires et de sourires aussi.
« je regarde où » ? « toi ou la caméra ? » - raclement de gorge - « heu … » - bruit d’une chaise – clic de la caméra qui s’allume…
Tous ces petits sons que j’ai extraits des interviews ont été très justement modelés par Jef Guillon lors de la construction de The Dasein Odessey et intégrés de façon harmonieuse à la trame acoustique composée.
2/ Il y a aussi la position des artistes face au Dasein Projekt mais également leur propre ressenti du concept philosophique de « dasein ». Discours fait de mots, de phrases, d’onomatopées, entre suggestions et réponses ouvertes.
3/ Et, il y a enfin les « silences ». Rarement utilisés par les masses media parce que synonyme de gêne, le silence peut aussi être éloquant. J’aime qu’il rythme une interview. Afin de les provoquer, je m’évertue à poser des question très ouvertes, souvent en plein milieu ou en toute fin d’interview, plus ou moins liées aux thèmes précédemment abordés.
Qu’est ce qu’un moment parfait pour toi ?» - « qu’est ce que le soleil pour toi » ? – « qu’est ce que la poésie pour toi ? »… « Que signifie Dasein pour toi ? »
L’interviewé, souvent décontenancé par la liberté de la question, prend le temps de répondre. Ce qui en découle est toujours emprunt d’une déconcertante justesse, propre à la personnalité et au charme de l’interviewé en lien avec ce moment précis.
Tous ces « silences », ces petites brèches de conscience sont mis en relief par Jef Guillon dans The Dasein Odessey à travers de longues nappes aériennes et évolutives, des latences, des ruptures dans le discours, en apesanteur. »
2008 – 2011 : A Dasein Odessey
Par Jef Guillon
« J’ai pensé 2008-2011: A Dasein Odessey comme un parcours musical, rassemblant une foule de personnages provenant des films du Dasein Projekt. Les sons s’y rencontrent aux carrefours de la même manière que les personnages dans la réalité. Le tout est porté par un agglomérat de voix, tel un vent sonore qui représente ici la vie errante.
Parfois de cette errance convergent les êtres enthousiastes.
C'est cette idée d’émergence des individus et des rencontres inattendues que je tente de raconter en musique. Et quand le silence est touché par une voix, j'ai des frissons qui viennent, une impression curieuse qui mélange le mystère et la surprise. L’un ne va pas sans l'autre, on ne peut pas vivre la surprise sans avoir été, au préalable, immergé dans une atmosphère ambiguë, mystérieuse. »